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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 19:32
Encadrées et soutenues par les entreprises, les journées de repos dédiées à des actions citoyennes et sociales se développent. Cette forme de bénévolat collectif bénéficie à des associations humanitaires. Un dispositif qui favorise l’engagement des salariés. Que ce soit dans la société ou dans l’entreprise.

Pour ces salariés, RTT ne rime pas toujours avec jour chômé ou week-end prolongé. Le temps d’une journée, ils préfèrent se retrousser les manches plutôt que se reposer. Leurs tâches ? Trier des vêtements pour les démunis, collecter des denrées destinées à une épicerie sociale, aménager les locaux d’une association caritative ou créer un jardin partagé… Dans le groupe d’assurance Covéa (Maaf, MMA, GMF), le dispositif des RTT solidaires a été généralisé cette année à l’ensemble de ses 20 000 employés. Depuis septembre dernier, 150 volontaires se sont inscrits à des chantiers solidaires au cours d’une vingtaine de journées. « Fidèles à nos valeurs mutualistes, nous avons souhaité que nos collaborateurs puissent donner de leur temps en apportant leur aide à une association », explique Renaud Pesesse, responsable des projets RH. Et ce genre d’initiative est loin d’être un cas isolé. La Poste, Axa, Macif, ou encore le cabinet d’audit et de conseil Deloitte donnent l’occasion à leurs salariés de s’investir dans des activités sociales.

Le principe des RTT solidaires ? L’employeur propose aux collaborateurs de poser une journée de RTT, de congé ou de récupération pour vivre une expérience collective utile à une association. Un format plus souple que les “congés solidaires” qui mobilisent le salarié entre deux et quatre semaines, juge Renaud Pesesse. L’employeur finance et encadre la formule des RTT solidaires. La plupart du temps, un prestataire prend en charge la logistique des journées (voir l’encadré ci-contre). Le salarié volontaire pour “mouiller sa chemise” prend un jour de RTT, décompté de son solde. « Nous mettons le pied à l’étrier aux salariés désireux de pratiquer une activité bénévole. De leur côté, ils posent un RTT, c’est donnant-donnant », note le responsable. D’autres entreprises abondent le jour posé. C’est le cas du groupe de conseil Mercer, (700 collaborateurs en France) qui organise une journée solidaire annuelle depuis deux ans. Cette année, les salariés volontaires ont trié des vêtements pour Emmaüs ou collecté des produits d’hygiène pour le Samu social de Paris. À travers ces actions « porteuses de sens », l’idée consiste à « favoriser le sentiment d’appartenance et le bien-être des collaborateurs », glisse Lætitia Mortreuil, responsable RH.

Pour les intéressés, le plaisir d’offrir du temps à une cause utile se mêle à celui de découvrir des acteurs du monde associatif. Renaud Pesesse souligne quant à lui la richesse des échanges entre collègues lors de ces opérations solidaires : « Nous leur donnons l’opportunité de se rencontrer en dehors de leur quotidien professionnel. En temps normal, ces collaborateurs, chacun dans des agences et des marques différentes, ont peu d’occasions de se voir. »

Un peu plus de lien et d’humain

Les RTT solidaires offrent la possibilité de « remettre un peu plus de lien et d’humain dans l’entreprise mais aussi de renforcer la cohésion et la motivation des équipes. La démarche a des retombées en termes d’engagement des salariés », avance Christophe André, directeur adjoint Responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) de Sanofi Pasteur. Le projet lancé début 2016 sur les sites lyonnais du laboratoire auprès de 7 000 salariés a mobilisé 110 volontaires pendant 5 journées. Le but est de rapprocher l’entreprise de son environnement sociétal et du monde associatif. Une façon pour l’employeur de concrétiser sa politique de responsabilité sociale : « Dans le cadre de notre politique RSE d’ancrage territorial, au plus près des associations locales, nous voulions donner aux collaborateurs les moyens d’accomplir une action utile, responsable et citoyenne et favoriser leur engagement ».

Si les retombées sur le plan de l’engagement restent difficiles à mesurer, du moins « beaucoup de salariés remercient l’entreprise de leur avoir donné la possibilité d’effectuer une action citoyenne », glisse Christophe André. « Les collaborateurs expriment leur fierté d’appartenir à un groupe qui propose de telles actions solidaires et qui s’implique dans la société », poursuit Renaud Pesesse. Pour autant, pas question de concevoir ces journées de bénévolat comme une opération marketing pour la direction. Ces « bonnes actions » ne sont pas réalisées « pour l’image » assurent en chœur les organisateurs. D’ailleurs les salariés, restent les mieux placés pour relayer l’information sur les RTT solidaires et inciter leurs collègues à y participer. Ce que gagne l’employeur à mettre en place ces journées ? Pour Renaud Pesesse, la question se pose en d’autres termes : « Nous ne sommes pas dans une logique d’apport à l’entreprise mais cherchons plutôt à permettre aux collaborateurs de réaliser un projet collectif solidaire. »

Tendance de fond

De quoi donner des idées à ceux qui veulent prolonger l’expérience. Dans ce sens, un groupe de salariés de Covéa ayant travaillé pour Emmaüs se retrouve une fois par an dans la communauté afin de perpétuer leur aide à l’association en dehors de leur RTT. Et côté direction aussi, l’impulsion se veut plus qu’éphémère. « Nous souhaitons faire perdurer nos actions et réfléchissons, par exemple, à la manière d’organiser nous-mêmes des collectes de vêtements », indique Lætitia Mortreuil. Avec 35 personnes mobilisées cette année contre 12 lors de la précédente édition, le mouvement des journées solidaires prend d’ailleurs de l’ampleur chez Mercer. Une certitude, la démarche humanitaire correspond à une tendance de fond dans les entreprises selon Christophe André : « Les collaborateurs ont envie de s’investir ensemble dans des projets citoyens ». Des salariés engagés le temps d’une RTT… voire plus si affinités.

 

Auteur(s) : Par José Garcia Lopez

Paru dans Entreprise & Carrières, N° 1314 du 06/12/2016

Rubrique : Zoom
 

Bien ordonner la générosité

Pour proposer une activité solidaire à ses salariés, il faut commencer par trouver une association qui accueille les collaborateurs volontaires. Spécialisés dans ce créneau, des prestataires comme Mécélink ou Planète urgence (pour les congés solidaires) accompagnent les entreprises et prennent en charge les aspects pratiques des chantiers, du choix des thèmes à l’organisation des journées. Covéa, Mercer, Sanofi Pasteur et plus de 70 autres entreprises ont ainsi fait appel à Ça me regarde. Cette société coopérative et participative (Scop) collabore avec des associations de lutte contre la précarité et d’aide à la protection de l’environnement. Elle offre aux entreprises des dispositifs clé en main. Et un programme millimétré pour les salariés dont les tâches bénévoles à accomplir sont précisément définies. Ce qui peut d’ailleurs inciter les collaborateurs qui ne savent pas comment s’y prendre à s’engager. Pas simple en effet de participer à une action solidaire à titre individuel : « Une seule personne désirant exercer du bénévolat pendant une journée a beaucoup moins de chance d’intéresser des associations qu’un groupe d’une quinzaine de volontaires » énonce Ségolène Delahalle, cofondatrice de Ça me regarde. Dans le même esprit que les RTT solidaires, la Scop organise également du « team building » revisité, à savoir des séminaires de motivation, version engagés, au sein de structures humanitaires. Des activités moins onéreuses – entre 2 500 euros et 3 000 euros par groupe pour une journée – et plus porteuses de sens que les traditionnels stages de kayak, batailles de paintball et autres raids en quad….

 

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Published by José Garcia Lopez
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