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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 07:57

 

La version digitale du moyen de paiement est officiellement autorisée à dater du 2 avril. Les employeurs peuvent y voir un “ choc de simplification ”. Reste à convaincre les salariés et les commerçants de l’intérêt du nouveau système.

Le titre-restaurant à la mode dématérialisée est un plat qui se déguste froid. Du moins dans l’Hexagone, où ce moyen de paiement, concocté au début des années 1960, amorce tout juste sa transformation digitale. Avec un certain retard : les pays ayant adopté le chèque repas ont entamé la transition vers le numérique depuis plusieurs années déjà. La raison du décalage français ? L’encadrement légal du support numérique a pris du temps. Pas moins de deux ans de discussions entre les émetteurs historiques (Edenred, Sodexo, Chèque Déjeuner, Natixis Intertitres), le ministère du Travail et Bercy ont été nécessaires pour aboutir au décret du 6 mars 2014 relatif aux conditions d’émission et de validité et à l’utilisation des titres-restaurant. Décret qui autorise d’autres moyens de paiement que le papier à partir du 2 avril prochain, date de son entrée en vigueur.

Deux pionniers

Convaincus que la réglementation précédente permettait d’émettre des titres dématérialisés – et l’appétit aiguisé par 3,5 millions d’utilisateurs quotidiens de chèques-repas et un marché annuel de 5 milliards d’euros –, deux nouveaux acteurs, Resto Flash (Octoplus) et Moneo Resto (Moneo Applicam), ont lancé leur solution numérique depuis plus d’un an.

Resto Flash propose des titres-restaurant sur mobile, Moneo Resto, une carte à puce compatible avec les terminaux de paiement existants. La solution adoptée par les quatre grands opérateurs fonctionne suivant ce dernier principe. Chaque mois, l’employeur passe ainsi commande au prestataire émetteur qui crédite le compte des salariés. « Les demandes peuvent être automatiquement générées depuis le logiciel de paie des entreprises ou effectuées via des fichiers Excel », précise Serge Ragozin, directeur général de Moneo Applicam.

Selon Laurent Delmas, directeur général d’Edenred France, la carte permet non seulement de s’épargner des factures d’envois postaux parfois très salées, mais elle simplifie aussi la gestion des titres-restaurant : « Les départements RH n’ont plus à distribuer les carnets de tickets. Notre clientèle d’entreprises se montre très intéressée, notamment les sociétés ayant des salariés qui travaillent dans les locaux de leurs clients, comme les entreprises de services numériques. »

Depuis l’adoption de Moneo Resto en octobre 2013, la société informatique Infotel s’épargne ainsi la fastidieuse corvée du décompte et de l’envoi des titres à ses 1100 salariés disséminés sur le territoire. « Au quotidien, nous n’intervenons plus que pour remplacer des cartes perdues ou restituer des codes oubliés. Cela ne représente qu’une dizaine de cas par mois », souligne le directeur général Michel Koutchouk.

Christian Auguste, directeur financier de Marquetis, PME de 90 salariés spécialisée dans le marketing, a lui aussi été séduit par l’aspect pratique de la carte Moneo Resto : « Nos collaborateurs en déplacement en région ne sont plus obligés de repasser par le siège en région parisienne pour retirer leurs titres-restaurant. Ils sont crédités du montant de leurs tickets sur la carte 48 heures après notre commande à Moneo. »

Le salarié peut consulter son compte à tout moment via Internet sur son espace personnel ou sur son mobile. Mieux, il est débité du montant exact à payer. Autre atout, la carte est protégée par un code personnel. En cas de perte, son propriétaire peut la bloquer.

Réticences des commerçants

Malgré ses mérites, le titre numérique soulève certaines réticences. D’abord, de la part des commerçants, rapporte Michel Koutchouk : « Au début, les restaurateurs n’admettaient pas ce moyen de paiement. Mais, depuis que notre prestataire a contacté les professionnels situés autour de nos implanta- tions pour les convaincre de s’affilier à sa solution, nous n’observons pratiquement plus de refus. »

Afin de fluidifier la dématérialisation du titre, les grands émetteurs ont, en mars 2012, créé Conecs, un opérateur technique qui mutualise les infrastructures. « La technologie adoptée permet d’utiliser les terminaux de paiement existants et de bénéficier d’une ergonomie et d’un label d’acceptation commun, quel que soit l’émetteur, glisse Anna Notarianni, directrice générale de Sodexo Services Avantages et Récompenses France. Les commerçants devraient ainsi accepter la carte plus facilement. »

Gérard Plomion, directeur juridique et fiscal d’Agapes Restauration (Flunch, Bistrot du Boucher…) et président du Syndicat national de la restauration publique organisée (SNRPO), a trouvé son compte avec la solution Moneo Resto. Vent debout contre les opérateurs historiques et leurs taux de commission “pharaoniques”, il s’est affilié au jeune émetteur dès 2013 pour bénéficier de délais d’encaissement plus courts et de commissions réduites. La transmission automatique via le terminal bancaire met fin à l’administration fastidieuse des tickets papier et à leur envoi à la centrale de remboursement. « La dématérialisation nous permet d’obtenir un remboursement en 48 heures. Avec le titre papier, il fallait attendre jusqu’à 21 jours », explique-t-il.

Dans les entreprises, l’évolution vers le numérique devrait se faire en douceur. Au vu des conditions d’utilisation imposées par le décret (lire l’encadré p. 13), les salariés prescripteurs ne devraient pas être légion : « Nos collaborateurs ont été déroutés lors du passage à la carte, notamment par le plafonnement des paiements à 19 euros par jour », témoigne le directeur financier de Marquetis.

L’expérience des grands émetteurs acquise à l’étranger le confirme : le titre-repas 100 % digital attendra encore. En Belgique, 20 % des clients de Sodexo avaient opté pour la carte deux ans après sa mise en service, en septembre 2011. C’est peu, reconnaît Anna Notarianni, pour qui « changer l’habitude bien ancrée du titre papier va nécessiter du temps ».

Selon Laurent Delmas, les employeurs intéressés par la ver­sion digitale des tickets-repas souhaitent organiser une transition comprise entre six mois et un an. « Tous nos clients pourront proposer le choix entre les titres papier et la carte à leurs salariés », précise-t-il. Ce qui n’est pas forcément synonyme de simplification pour les employeurs.

La carte allégera-t-elle l’addition des entreprises ? Dans un premier temps, rien n’est moins sûr avec les opérateurs traditionnels. Leurs frais de gestion se maintiennent dans la même fourchette que ceux du support papier. Ils varient suivant les montants et la fréquence des commandes et peuvent atteindre 5 %. Bien décidé à en découdre avec les mastodontes du secteur, Moneo Resto annonce, lui, des commissions ne dépassant pas 2,5 %.

Nouveaux services

De l’avis d’Anna Notarianni, l’équivalence des tarifs du titre papier et de la carte des grands émetteurs s’explique par un déplacement des coûts : « Pour absorber, sans engorgement, plusieurs millions de transactions par jour, nous devions disposer de systèmes d’information solides qui ont nécessité d’importants investissements. » Par ailleurs, les opérateurs justifient les frais de la carte par les nouvelles fonctionnalités offertes à l’utilisateur. Au menu, sur l’espace personnel du salarié et sur son mobile : offres promotionnelles, informations pratiques sur les restaurants du quartier, réservation en ligne… Avec la dématérialisation, le titre-restaurant se met à l’heure du service compris.


Encadré

L’ESSENTIEL

1 Les employeurs ayant déjà adopté le titre dématérialisé, sur carte ou mobile, y voient un moyen de se décharger d’une logistique de distribution et d’envoi lourde et coûteuse.

2 Eu égard, notamment, aux investissements réalisés, les grands émetteurs ne prévoient pas, à court terme, de baisse sensible des frais pour les entreprises.

3 Les conditions d’utilisation restrictives prévues par le décret risquent de freiner l’adoption du numérique par les salariés.


Encadré

Une utilisation très encadrée

Régler l’addition d’un déjeuner le dimanche, payer son repas avec plus de deux titres par jour : ces pratiques, non conformes à la loi de 1967 réglementant les titres-restaurant, sont devenues courantes avec le papier car difficiles à appliquer. Avec le décret du 6 mars 2014, le gouvernement a souhaité y mettre fin.
Les émetteurs sont ainsi tenus de « mettre en œuvre un blocage automatique du paiement » pour empêcher l’usage des titres dématérialisés les dimanches et les jours fériés, « sauf décision contraire de l’employeur au bénéfice exclusif des salariés travaillant pendant ces mêmes jours », précise le décret.
Les opérateurs doivent aussi régler leurs systèmes informatiques afin de plafonner à 19 euros les dépenses quotidiennes. Plus réjouissante pour les salariés : la disposition concernant le débit exact de la somme à payer. Le montant non dépensé reste crédité sur son compte.



Auteur(s) : JOSÉ GARCIA LOPEZ


Paru dans Entreprise & Carrières, N° 1185 du 25/03/2014

Rubrique : Pratiques

 

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Published by José Garcia Lopez - dans Articles Entreprise & carrières
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commentaires

Philippe 26/03/2014 16:10

Ah ben ma foi, aujourd'hui, tout se dématérialise, il n'y avait pas de raison que le bon vieux ticket resto y échappe. Si en plus ça facilite la gestion c'est pas une mauvaise idée il me semble.